Certaines œuvres nous poussent à la réflexion sur notre société, c’est notamment l’exemple de Fight club ou de l’âge des ténèbres. Watchmen, oeuvre de fiction injustement méconnue, va dans le fond des choses et se paie même le luxe d’imposer à notre cerveau face des réflexions profondes et des vérités troublantes.

A l’origine, Watchmen est une BD réalisée par Alan Moore (Auteur de V pour Vendetta) et Dave Gibbsons en 1985. Cette BD a ensuite été adaptée en film par Zack Snyder en 2009.

Avant d’aborder cette oeuvre, il est important d’oublier les X-mens, Spiderman et compagnie. Cette oeuvre interroge le lecteur sur le concept de base du héros masqué.

Si nous étions des hommes libres d’agir et cachés derrière un masque… Comment agirions-nous ?

Martin : Nous ferions le bien autour de nous, quelle question !

Réponse intègre pour certains et hypocrite pour d’autres… Force est d’admettre que nous ne sommes pas tous des saints dans l’âme. Et c’est ce que Watchmen se charge de nous rappeler.

Le background de Watchmen

Projetons dans une Amérique alternative des années 80. Nous sommes en 1985, Nixon est toujours le président (il a été réélu 5 fois), la guerre froide entre l’URSS et les Etats Unis ne s’est pas réchauffée, bien au contraire, les tensions entre ces 2 régions du monde ne cessent d’augmenter. Une horloge, indiquant minuit moins cinq au début de l’histoire, symbolise l’imminence d’une guerre nucléaire entre les Etats unis et l’URSS.

Dans ce décor où le monde entier vit dans la crainte de l’apocalypse, nous suivons l’évolution de quelques personnages bien particuliers : des justiciers, surnommés les « Gardiens ».

Hormis le docteur Manathan qui dispose de pouvoir défient toutes les lois de la physique, tous les autres protagonistes sont réalistes : Ils vieillissent et peuvent baigner dans la corruption, le doute, la folie ou la dépression. Bref, des humains possédant des talents hors normes (combativité, intelligence, génie créatif…) qui leur laissent la possibilité de vivre à la frontière des règles de la société.

La mise en scène de l’intrigue

L’intrigue part du meurtre d’un des membres des gardiens, le « Comédien ». Le Comédien porte bien son nom, non pas pour sa capacité à faire rires les autres, mais par sa volonté de jouer le jeu de la comédie et de l’horreur humaine au point d’en devenir lui-même une parodie.

Rorschach, un des seuls porteurs de masque actif au début de l’histoire enquête sur la possibilité d’un tueur en série des Gardiens. A la fois paranoïaque mais douée pour mener une enquête, il va prévenir tous les autres Gardiens que quelque chose de louche se trame à l’horizon. Dans ce contexte, le lecteur ou le spectateur se laissera guidé par cet enquêteur paranoïaque mais attachant dans les quartiers glauques fortement inspirés de l’ambiance visuelle du film Blade Runner.

Dans la toute première partie, nous suivrons l’évolution de l’histoire au travers des pensées et souvenirs des gardiens encore vivants. Là ou le scénario peut paraître classique dans le domaine de la science fiction, il gagne en profondeur grâce à la personnalité de chacun des porteurs de masques : Des Gardiens désirant mettre au service leur talent au nom d’une valeur soi disante commune : La justice.

Les personnages principaux : Symbole des déviances de l’homme moderne ?

Chaque gardien porte un masque. Contrairement au comics habituels, le masque n’est pas seulement un moyen de cacher son identité au monde entier, il est aussi la petite zone d’ombre qui permet à chaque gardien d’exprimer son moi profond, avec ses qualités mais surtout ses défauts.

Chaque gardien comprend à sa manière la nature de l’humanité. L’explication qu’il en donne est la cause principale de son comportement :

  • Le comédien : Face au chaos et à l’horreur, on n’a pas d’autres choix que de rire et de devenir la caricature de cette horreur.
  • Rorschach : L’humanité a fait le choix de sombrer dans le chaos et l’horreur, cette vérité doit lui être révéler, quelque soit le prix.
  • Dr Manathan : Au sens de l’univers, la survie ou l’extinction de l’humanité n’a pas d’impact.
  • Le Hibou : Agir ou ne pas Agir ne changera rien. Il est peut-être mieux de laisser faire les choses
  • Ozymandias : On ne peut combattre l’injustice à coup de poing, il faut attaquer le problème à sa racine : utiliser son intelligence pour mettre fin à l’inégalité des ressources entre les nations
  • Spectre Soyeux : Combattre le crime en tenue de super héros tient plus du caprice d’adolescent que de la reélle volonté de changer le monde.

Rorschach

Rorschach. Un des personnages les plus énigmatiques et les plus intéressants de l’histoire. Il hait la société. Il dit avoir vu et démasqué ce que la société humaine tente à tout prix de cacher. Cette vérité insupportable le poussera à vivre en vagabond. D’un naturel violent (mais pourtant un très bon enquêteur), il n’hésite pas à littéralement tuer les malfrats qu’il croise. La quête vérité est la valeur qui le motive. Tout au long de sa vie, il entretient un carnet de note contenant le cheminement de sa réflexion.

Toutes ses actions convergent donc vers l’aboutissement d’un projet : Montrer à toute l’humanité que la corruption et le mensonge circulent dans ses veines.

Cette quête part d’une bonne intention mais les conséquences peuvent être très graves. La société est peut-être un mensonge qui cache notre nature cruelle, mais pour notre propre survie, n’est-il pas mieux de rester dans le mensonge ?

Citation du personnage :

La cité me redoute. Je connais son visage. Les rues sont une extension des égouts, les égouts charrient du sang. Un jour, ils déborderont et noieront toute la vermine […] Putains et politicards en appelleront alors du ciel… « Sauvez nous ». Je les toiserai d’en haut… Et je leur répondrai NON.

Le comédien

Le comédien. Le personnage autour duquel le scénario gagne en profondeur. Etant donné qu’il meurt dés l’introduction du film, nous suivons sa vie au travers des souvenirs des autres porteurs de masque qui l’ont fréquenté de prés ou de loiun. A l’instar de Rorschach, il a pris conscience du fonctionnement de la société et en profite pour vivre selon ses propres règles. Il n’a aucune limite, n’hésitant à frapper et à tuer toutes personnes qui se met sur son passage (criminels ou pas), il ne jure que par son plaisir. Il perçoit la société comme le théâtre d’une gigantesque farce et a décidé dans devenir le comédien.

Le comédien profite de sa supériorité au point qu’il apparaît comme quelqu’un sans aucune éthique. Il a compris que derrière un paraître se cache une société contrôler par la loi du plus fort. Tous les autres protagonistes (y compris une de ses principales victimes) lui reconnaissent d’ailleurs cette capacité de comprendre vraiment qui est l’humain au fond.

Citation du film au sujet du comédien :

Le comédien avait compris. Il tournait en plaisanterie les fissures de la société, et l’effort des hommes pour la recoller. Il voyait le visage du XXe siècle, il avait choisi d’en devenir le reflet et la parodie. Personne ne trouvait rien de drôle. Il était le seul.

Son comportement est à l’extrême opposé du Hibou. Il vit selon ses propres principes et n’a aucune valeur communautaire ou sociétale. Il vit ses propres aventures avec une intégrité totale et jouit donc d’un plaisir entier. Mais vu qu’il est incapable de compromis, il est aussi un personnage enclin à la solitude et au désespoir d’être incompris.

Derrière le comportement de psychopathe du Comédien, celui-ci agit selon une vérité qui peut nous aider à un mieux vivre. Le fait que notre souffrance quotidienne peut être perçue comme une farce à laquelle nous pouvons rire si nous sommes suffisamment endurant psychologiquement. Le sens qu’on donne à notre vie (=le choix de notre aventure) peut à lui seul exorciser tout notre mal-être à condition que nous agissons tous les jours pour l’accomplir.

Le Hibou

Au départ, il faisait équipe avec Rorschach et à décider d’oublier son passé de gardien. Il est un personnage intéressant car il représente un comportement typique : Vivre au dessus de la société implique beaucoup trop d’inconnus. Le besoin de sécurité va le pousser à camoufler son identité et à oublier. Jusqu’à renier un passé de justicier qui pourtant lui plaisait assez.

Ce personnage ici représente le comportement de l’homme ordinaire obsédé par la peur du rejet et de l’échec… Ce qui aboutit à un renie totale de sa vrai nature. Son quotidien devient alors morose et sa manière de se comporter avec lui-même et identique avec sa manière de se comporter avec les femmes (frustration et évitement).

Ce personnage illustre la nécessité à l’homme de suivre une aventure personnelle. Sans cela, l’homme est destiné à errer dans un quotidien frustrant et déprimant. Suivre à la lettre le chemin de la société peut être acceptable pour un homme normal, mais un homme moderne se doit de vivre au-delà de certaines règlespour s’accomplir.

Le Dr Manhattan

Le seul gardien à posséder de réels pouvoirs. Il peut tout faire : se téléporter, transformer les objets, se dupliquer, il semble n’avoir aucune limite. En un mot, il est parfait. Et pourtant, quand bien même il apparait comme le seul rempart vers une guerre nucléaire, la société humaine se méfie.

Par le biais de ce personnage, les auteurs montrent à quel point il est difficile pour nous humain d’accepter la perfection. Nous sommes toujours les premiers à nous en méfier. Ce personnage nous invite à réfléchir à la réflexion d’un personnage divin s’il existait parmi nous

Mes impressions par rapport au film/BD

La BD a de nombreux niveaux de lecture et chacun apporte son lot de prise de conscience. Il est probable que la plupart des personnes passera au-dessus de toutes ces vérités balancées à leur figure, pourtant, c’est le devoir d’un homme supérieur de les accepter. Mais ce lot de vérité peut impliquer un pain de souffrance quotidien : Il est impossible en tant qu’individu de changer la face sombre de l’humanité, notre seule liberté est donc de garder le sourire et la tête haute en toute circonstance.

Voici donc une liste non exhaustive des prises de conscience proposées par la BD :

  • La société inhibe une partie de l’horreur de l’humanité. Sans elle, les humains entre-tueraient.
  • Si le chaos ne vient pas de l’extérieur d’un homme, il s’arrangera pour le créer lui-même à l’intérieur.
  • Le mensonge a sauvé et continuera de sauver des milliards de vies humaines
  • Seul la peur d’un ennemi commun peut maintenir l’humain en paix
  • L’homme ne peut ignorer sa vision du monde, il sera forcé de l’exprimer pour se sentir bien dans sa tête
  • Voir, accepter et rire de la souffrance rend l’homme invincible et intouchable
  • L’humain déteste la perfection et la perfection déteste l’humain
  • A la lumière du jour, tous les humains se ressemblent. Mais dans l’obscurité aussi
  • Le malheur tombe autant sur les honnêtes gens que sur les bandits

Note 1 : Il y a une différence importante entre le film et la BD. Le réalisateur du film, dans un souci d’offrir un spectacle plus impressionnant au niveau du visuel, à décider de douer les héros d’une force herculéenne. Alors que dans la BD, les héros ont juste une force supérieure à la moyenne.

Note 2 : Ce film présente des scènes d’une violence inouïe (scène de viole, de meurtre sadique,…). Il est fortement déconseillé de regarder ce film en compagnie de personne de moins de 16 ans.

Note 3 : Si vous avez aimé le film, je vous recommande chaleureusement la BD. Si vous en voulez encore, vous pouvez tenter l’expérience « Before Watchmen ». Même si la qualité est moins bonne, elle permet de poursuivre un tant soit peu le plaisir.